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11/02/2010LA DOMINATION MASCULINE

par Annie Damidot

« Or l’Eternel Dieu avait dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui. »
(Genèse – chap.II- verset 18- La Sainte Bible-ed.1825 – Sté Biblique Protestante de Paris.)

Le terme d’aide est intéressant dans la mesure où il suggère une dépendance réciproque. Avoir besoin d’aide c’est déclarer son incapacité à s’assumer seul. Par ailleurs être mis au monde pour servir d’aide établit une relation de dépendance et de soumission par rapport à celui que l’on aide. L’aide de camp, par exemple, est là pour cirer les bottes du colonel !
Donc le rapport maître/serviteur entre l’homme et la femme nous viendrait de la nuit des temps, de l’instant même de leurs apparitions au monde.

Mais simultanément a surgi le problème de la création qui échappe à son créateur, prend son indépendance et se dirige dans une direction que le dit créateur n’envisageait pas de lui destiner. Voir l’histoire du serpent, de la pomme et de tout ce qui en est advenu…

Et c’est là qu’interviennent Patric Jean et son film La domination masculine.

Il dresse un état des lieux dans la relation masculin/féminin à l’aube du XXIème siècle suite à une longue évolution, une lente maturation des esprits de part et d’autre tout au long des millions d’années qui nous séparent du point de départ.

Son film documentaire n’est pas un pamphlet mais un constat établi par les intéressés eux-mêmes à travers prises de parole ou actes qui sont présentés au spectateur sans autre intervention du réalisateur que d’avoir porté sa caméra dans les lieux où ceux qui affrontent ou s’affrontent au problème s’expriment par la parole ou par le geste.

On objectera – à juste raison – que le choix des lieux revient à Patric Jean et que le titre du film est en soi une orientation donnée au documentaire, d’entrée une forme d’inflexion de l’opinion des spectateurs. Force est de reconnaître que ce constat de départ répond au point de vue établi selon lequel il existe une supériorité masculine qui fonctionne comme un dogme : vérité indiscutable que l’on admet, point barre.

Patric Jean énumère au cours de son film ce qui, aujourd’hui, ébranle l’aspect indiscutable de ce dogme. Arguments concrets à l’appui et selon une progression qui nous conduit du sourire à la gravité, du raisonnement à l’intervention directe et violente,jusqu’à la violence la plus insensée.

C’est essentiellement dans cette progression et dans le fait qu’il dresse une sorte de catalogue raisonné de tout ce qui dans nos sociétés est fait pour maintenir les femmes dans des rôles de second couteau que réside l’intérêt du documentaire. Les moyens employés pour ce faire sont généralement connus, indépendamment les uns des autres mais le fait de les voir ainsi déployés dans une progression d’une intensité de plus en plus forte contraint à prendre conscience de leur poids social et humain. Du conditionnement de l’enfance par les jouets et les livres on aboutit au massacre à l’arme à feu de femmes pour la seule raison que ce sont des femmes.

Tout cela s’exprime dans des registres divers qui vont du sourire, voire du rire, au choc brutalement subi. Choc au niveau des situations évoquées comme au niveau des interventions verbales. Entendre de la bouche de Leo Ferré, même si on le savait plus porté vers la chair que vers l’esprit s’agissant de la gent féminine, « je hais les femmes cultivées », est assez sidérant.

La domination masculine peut être considéré comme une illustration et une vulgarisation d’une réflexion menée de façon plus théorique à différents niveaux. En témoignent, par exemple, les ouvrages récents de la philosophe Catherine Malabou qui pose la question du »comment est-il possible de se constituer une subjectivité vivable, de se fabriquer un « soi » et de parler en son nom propre quand on a été blessé ou nié au cœur même de son identité ?...Les grands traumatisés, les malades atteints d’Alzheimer, les victimes de l’exclusion sociale mais aussi les femmes partagent cette condition. Ils ont vécu ou continuent à subir une violence qui sape jusqu’aux fondements de leur être. » (article de S.Legrand- le Monde des livres- 18/12/09 ).

Restons cependant optimistes, Patric Jean nous montre aussi des hommes qui prennent conscience de leurs excès et de leurs errements et se promettent d’y remédier.

Annie Damidot
in L'EMILE (février 2010)

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