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14/06/2010DIOSES : "DIEUX OU DEMON ?"

Article de Pascale Amey sur le dernier film de Josué Méndez

Avec Dioses*, son dernier film, Josué Méndez dresse un portrait au vitriol de la bonne société liménienne à travers les avatars d’une famille de la classe aisée, partageant son temps entre Lima et sa superbe villa de la côte.

Compromissions, petites et grandes lâchetés,montre squelette homme
cynisme et hypocrisie rythment les journées et la vie de ces nantis où chacun sait mais où tous se taisent, l’essentiel étant la sauvegarde des apparences et la pérennité de la classe sociale. Dissection au scalpel, froide, clinique, toute en distance…

Dans la famille, je voudrais le père : Agustin, industriel accompli, homme d’affaires bedonnant, fier de promener à son bras sa nouvelle maîtresse. Partageant son temps entre ses bureaux et sa villa, il rêve de fonder une dynastie de la métallurgie, incitant son fils à intégrer l’entreprise familiale.

La (très) jeune maîtresse, Elisa, se doit, elle, d’apprendre vite et bien le fonctionnement de la classe sociale dont elle veut faire partie. On devine rapidement qu’elle est d’extraction modeste, seule brune à la peau dorée au milieu des pâles blondes aux yeux clairs, au sein du « club » de bonnes dames qui passent leur temps entre cocktails, bonnes œuvres, réceptions et shopping. Elisa va donc devoir intégrer les codes de conduite et tenter d’asseoir son statut, reniant son milieu d’origine.

La fille, Andrea, pauvre petite fille riche, désabusée, sexy en diable, fêtarde invétérée passant d’une fête à l’autre et d’un lit à l’autre, et qui avale les comprimés d’ecstasy comme d’autres les cacahuètes pour l’apéritif.

Le fils, Diego, jeune adulte mal dans sa peau, raide-dingue de sa sœur, vivant douloureusement cet amour incestueux (et à sens unique), mal dans son monde, mal dans sa peau, visiblement dégoûté par ce qui l’entoure, il est le seul qui souhaite vraiment échapper à l’emprise du père et de sa classe sociale… Mais saura-t-il s’en donner véritablement les moyens ?

Enfin, Inès, la jeune bonne de l’âge des enfants, venue de l’intérieur du pays, qui veut sortir de sa condition et prend des cours d’anglais. Elle sait d’où elle vient et où elle veut aller. Elle est l’élément « moral » de l’ensemble.

Tout ce beau monde - père, maîtresse et enfants - évolue au milieu d’un groupe de nantis (hommes d’affaires et industriels) et leurs épouses (cultivées, gardiennes de la morale et de la moralité ! Petit clin d’œil à l’Opus Dei !) mais aussi sous les yeux de leurs bonnes (on retrouve avec grand plaisir Magaly Solier), bienveillantes et maternelles (la Nana n’est pas loin !), femmes issues du peuple et qui vivent dans les quartiers marginaux ; deux mondes séparés qui se côtoient sans pratiquement se voir.

On pouvait ne pas s’attendre à cela de la part de Josué Méndez, qui nous avait habitués dans Los dias de Santiago à une certaine forme de compassion et de proximité avec son protagoniste (caméra à l’épaule, on suivait Santiago dans sa paranoïa). Ici, on en est loin : la caméra est le plus souvent distante, les couleurs sont froides ou aveuglantes, le malaise transpire à chaque instant. Aucune compassion n’est perceptible. Seule la description clinique de l’enchaînement des évènements intéresse le cinéaste. Cinq destins se croisent, se mêlent, chacun essayant de tirer son épingle du jeu sans y laisser trop de plumes. On est loin aussi de No se lo digas a nadie de Francisco Lombardi où, il est vrai, le roman éponyme de Jaime Baily apportait une drôlerie espiègle au scénario qui se déroulait là encore dans la même bonne société de Lima...

Dioses est un film à charge contre les nantis du Pérou, ces personnes qui détiennent le pouvoir économique et qui vivent enfermées dans leur propre monde, ignorant (délibérément) celui qui, bien réel, les entoure, le pays qui les fait vivre…

*dioses : dieux

Pascale Amey
(Salsa Picante)

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