14/06/2010DIOSES : "DIEUX OU DEMON ?"
Article de Pascale Amey sur le dernier film de Josué Méndez
Avec Dioses*, son dernier film, Josué Méndez dresse un portrait au vitriol de la bonne société liménienne à travers les avatars d’une famille de la classe aisée, partageant son temps entre Lima et sa superbe villa de la côte.
Compromissions, petites et grandes lâchetés, cynisme et hypocrisie rythment les journées et la vie de ces nantis où chacun sait mais où tous se taisent, l’essentiel étant la sauvegarde des apparences et la pérennité de la classe sociale. Dissection au scalpel, froide, clinique, toute en distance…
Dans la famille, je voudrais le père : Agustin, industriel accompli, homme d’affaires bedonnant, fier de promener à son bras sa nouvelle maîtresse. Partageant son temps entre ses bureaux et sa villa, il rêve de fonder une dynastie de la métallurgie, incitant son fils à intégrer l’entreprise familiale.
La (très) jeune maîtresse, Elisa, se doit, elle, d’apprendre vite et bien le fonctionnement de la classe sociale dont elle veut faire partie. On devine rapidement qu’elle est d’extraction modeste, seule brune à la peau dorée au milieu des pâles blondes aux yeux clairs, au sein du « club » de bonnes dames qui passent leur temps entre cocktails, bonnes œuvres, réceptions et shopping. Elisa va donc devoir intégrer les codes de conduite et tenter d’asseoir son statut, reniant son milieu d’origine.
La fille, Andrea, pauvre petite fille riche, désabusée, sexy en diable, fêtarde invétérée passant d’une fête à l’autre et d’un lit à l’autre, et qui avale les comprimés d’ecstasy comme d’autres les cacahuètes pour l’apéritif.
Le fils, Diego, jeune adulte mal dans sa peau, raide-dingue de sa sœur, vivant douloureusement cet amour incestueux (et à sens unique), mal dans son monde, mal dans sa peau, visiblement dégoûté par ce qui l’entoure, il est le seul qui souhaite vraiment échapper à l’emprise du père et de sa classe sociale… Mais saura-t-il s’en donner véritablement les moyens ?
Enfin, Inès, la jeune bonne de l’âge des enfants, venue de l’intérieur du pays, qui veut sortir de sa condition et prend des cours d’anglais. Elle sait d’où elle vient et où elle veut aller. Elle est l’élément « moral » de l’ensemble.
Tout ce beau monde - père, maîtresse et enfants - évolue au milieu d’un groupe de nantis (hommes d’affaires et industriels) et leurs épouses (cultivées, gardiennes de la morale et de la moralité ! Petit clin d’œil à l’Opus Dei !) mais aussi sous les yeux de leurs bonnes (on retrouve avec grand plaisir Magaly Solier), bienveillantes et maternelles (la Nana n’est pas loin !), femmes issues du peuple et qui vivent dans les quartiers marginaux ; deux mondes séparés qui se côtoient sans pratiquement se voir.
On pouvait ne pas s’attendre à cela de la part de Josué Méndez, qui nous avait habitués dans Los dias de Santiago à une certaine forme de compassion et de proximité avec son protagoniste (caméra à l’épaule, on suivait Santiago dans sa paranoïa). Ici, on en est loin : la caméra est le plus souvent distante, les couleurs sont froides ou aveuglantes, le malaise transpire à chaque instant. Aucune compassion n’est perceptible. Seule la description clinique de l’enchaînement des évènements intéresse le cinéaste. Cinq destins se croisent, se mêlent, chacun essayant de tirer son épingle du jeu sans y laisser trop de plumes. On est loin aussi de No se lo digas a nadie de Francisco Lombardi où, il est vrai, le roman éponyme de Jaime Baily apportait une drôlerie espiègle au scénario qui se déroulait là encore dans la même bonne société de Lima...
Dioses est un film à charge contre les nantis du Pérou, ces personnes qui détiennent le pouvoir économique et qui vivent enfermées dans leur propre monde, ignorant (délibérément) celui qui, bien réel, les entoure, le pays qui les fait vivre…
*dioses : dieux
Pascale Amey
(Salsa Picante)
24/05/2010SOLUTIONS LOCALES POUR UN DESORDRE GLOBAL
Rencontre avec Coline Serreau
A l'occasion de la projection du film SOLUTIONS LOCALES POUR UN DESORDRE GLOBAL au Zola, L'EMILE a rencontré Coline Serreau :
L'EMILE : On a pu voir fleurir bon nombre de films consacrés à l'écologie ces dernières années. Solutions globales arrive maintenant, enfin, pour parler des hommes et aux hommes, sans utiliser ce ton péremptoire et alarmant pas très engageant (Home et Le Syndrome du Titanic par exemple). Votre film parle aux gens en toute simplicité, n'est-ce pas une volonté d'aborder ce sujet délicat de manière plus ludique ?
COLINE SERREAU : Je n'emploierais pas le mot ludique, non, c'est plus profond bien au contraire. Mon film est dans le style parlé, il emploie l'humour. Les gens que je filme, dans leur manière de présenter ont recours à l'humour. Dans les films que vous citez, l'absence d'humour rend le propos tout à fait lourd. Mais je ne veux surtout pas dire du mal d'eux, ils ont fait leur boulot, ils ont fait ça bien. Solutions locales... n'est pas un film léger, ce n'est pas non plus un film qui parle des choses légèrement, mais qui parle aux gens effectivement. Je voulais employer un ton qui tourne vers l'action, qui va vers du positif.
L'EMILE : L'Émile a eu un entretien avec Yann Arthus-Bertrand l'année dernière (voir numéro 38) dans lequel il disait qu'il était trop tard pour être optimiste ? Êtes-vous de cet avis ?
COLINE SERREAU : Je ne partage pas cette vision là. Parce que les hommes sont comme ça : ils démolissent puis ils disent « au secours, les femmes ». Nous on prépare, on fait. Allô maman bobo, quoi... Lui, il ne sait peut-être pas réparer mais nous on va s'y attacher. On n'a pas le choix de toute façon. Si on a un gosse qui est malade, on le soigne. On ne va pas dire « Ah, c'est trop tard... » ! On va s'acharner à le soigner.
L'EMILE : Le choix même de ne tourner qu'avec du petit matériel participe-t-il également à cette volonté de rapprocher le spectateur de la personne qui intervient ?
COLINE SERREAU : Oui et non. Quelque part, le matériel employé correspond à l'idéologie du film, c'est sûr. Mais en même temps, il n'y avait pas non plus tellement le choix. Il n'y avait pas de production à la base, je suis partie comme ça avec mes affaires à moi, j'étais indépendante.
L'EMILE : Solutions globales fait intervenir des personnes qui essayent de faire changer à leur échelle des modes de pensée ou des modes de vies. C'est sur la diversité des cultures et aussi l'unité des discours défendus que vous vous appuyez. Vous offrez là quelques solutions mais aussi un espoir qu'un effort collectif s'engage...
COLINE SERREAU : Il faut que ça bouge collectivement, ça c'est sûr... Le but, c'était de montrer que des gens qui ne se connaissent pas, qui n'ont rien en commun, qui sont à des milliers de kilomètres les uns des autres, ont le même discours sur la terre. Ça, c'était une démonstration très intéressante, très importante. Nous sommes une seule et même espèce, sur une seule planète, il n'y a pas 36 façons de voir le problème...
L'EMILE : Vous ne montrez pas l'autre facette, celle qui dérange. Que répondez-vous aux critiques mettant en cause votre partialité ?
COLINE SERREAU : Je réponds que ça fait des années et des années qu'ils parlent, on n'entend qu'eux, ça ne m'intéresse absolument pas de continuer à les entendre ! Là, ce film n'est fondé que sur les gens, ceux à qui l'on parle, ceux pour qui l'on parle et avec qui l'on parle. C'est un film de gens. Il faut donner de l'espoir, donner la pêche !
Propos recueillis par Olivier Calonnec
30/04/2010"WHITE MATERIAL" DE CLAIRE DENIS
Entretien avec Rémi Fontanel sur le cinéma de Claire Denis
A l'occasion de la sortie du film WHITE MATERIAL de Claire Denis, nous avons rencontré Rémi Fontanel, maître de conférences en cinéma à l'Université Lumière Lyon 2, et qui a dirigé l’ouvrage "Le Cinéma de Claire Denis ou l’énigme des sens" (avec les contributions de Sébastien David, Fabrice Fuentes et Paul Gibert, éd. Aléas cinéma, 2008).
L'Emile : C'est le quinzième film de Claire Denis en 22 ans. Pouvez-vous m'établir un panorama des œuvres marquantes qui ont jalonné sa carrière ? Et ce qui en fait sa singularité ?
Rémi Fontanel : Claire Denis démarre avec Chocolat en 1988, un premier long métrage qu'elle tourne en Afrique et qui prend appui sur des souvenirs d'enfance. Ensuite, elle va poursuivre en creusant la question du déracinement… un thème qui lui est cher et qu'on retrouve dès son deuxième film (S'en fout la mort, avec Isaac de Bankolé et Alex Descas). Il s’agit-là d’approcher la question de l'étranger ou plutôt du corps étranger présent dans un pays hostile, dans une ville inconnue, dérangé par le dépaysement, plus précisément le déracinement, quoi qu’il en soit confronté à une survie à la fois physique et sociale. Trouble Every Day, J’ai pas sommeil, 35 rhums, Keep It for Yourself (un moyen métrage) ou encore L’Intrus sont travaillés par cette ce trouble de l’identité. C'est l’un des fils majeurs qui relie tous ses films et qui donne toute sa cohérence à cette œuvre. Il y a toutefois un film plus important que les autres dans sa filmographie, ou plutôt deux films qui peuvent « fonctionner » ensemble : je veux parler de US Go Home (1994) avec Grégoire Colin et Alice Houri, qu'elle va retrouver après dans Nénette et Boni (1996). Je crois qu'il y a là, avec ces deux films, quelque chose de « fondamental » qui se passe dans son geste de cinéaste. Elle va en effet faire l’expérience d’un cinéma qui fait davantage confiance à l'image, à sa plastique. Elle développe à partir de là, dès 1994, un univers basé sur un travail formel plus accentué qui repose sur la lumière, les couleurs, la matière… le montage aussi bien évidemment qui va donner toute sa densité à son geste… un geste qui ne cessera de s’affiner ou s’épaissir, c’est selon, après Nénette et Boni, dans les films qui suivront…
L'Emile : « Je me reconnais dans un cinéma qui fait confiance à la narration plastique », a-t-on pu l'entendre dire...
Rémi Fontanel : Oui, c’est ce que j’évoquais précédemment… cette narration plastique-là ne peut pas s'exprimer je crois avant Nénette et Boni, parce qu'il y a dans les films qui précèdent un récit encore très présent qui empêche en quelque sorte de faire pleinement confiance à l'image (en ses « puissances » pour reprendre un terme cher à Jacques Aumont) ; et presque logiquement les films qui suivent se détachent de plus en plus de l'emprise scénaristique. On le voit avec Vendredi Soir, avec L'Intrus, avec White Material notamment où au final, le récit en tant que tel ne l'intéresse plus ou plutôt l'intéresse d'une autre manière (il devient minimaliste, sans dialogues, construit sur des gestes, des regards, des moments qui parfois, souvent ne génèrent aucune dramaturgie…).
L'Emile : White Material est adapté d'un roman de Marie N'Diaye...
Rémi Fontanel : De façon générale les gens avec qui travaille Claire Denis sont engagés artistiquement comme politiquement. Marie N'Diaye est quelqu'un qui parle, qui s'engage, qui a une vision humaniste complètement en accord avec ce qu'est et créé Claire Denis. Cette dernière s'est par exemple engagée en faveur des sans-papiers... Les retrouver côté à côté toutes les deux sur un film ne m’a en ce sens pas étonner du tout.
L'Emile : Parlez-nous de ses collaborations avec le groupe Tindersticks...
Rémi Fontanel : Claire Denis et Stuart Staples des Tindersticks restent fidèles à ce qui les a unis au départ. Début des années 1990, Claire Denis est à Marseille avec son scénariste, Jean-Pol Fargeau, sur la terrasse d'une maison devant laquelle s’étend la cité phocéenne. Elle entend presque par hasard « My Sister » des Tindersticks qui lui donne l'idée d'un film sur les relations entre un frère et sa sœur. Elle va voir les Tindersticks en concert ; elle rencontre le chanteur et lui demande qu'il réfléchisse à une musique pour son futur film. Lui est bientôt papa et fait une musique complètement « déconnectée » du scénario que la cinéaste est en train de faire. Cela signifie que le musicien ne travaille pas en fonction des images, mais il s’appuie en fonction de mots, d'indications, d'informations que Claire Denis lui transmet. Et c'est pour cela que la musique n'est jamais illustrative ; elle est à part et vient se coller de façon harmonieuse aux images. Claire Denis est donc partie de cette chanson qui lui a beaucoup plu pour faire émerger le scénario de Nénette et Boni. Ce film rend concrète la confiance qu’elle a également à l’égard de la musique.
L'Emile : Dans White Material, c'est assez significatif...
Rémi Fontanel : Il y a un décalage qui est créé. On peut le trouver contestable, mal venu… Personnellement je le trouve peu convaincant dans 35 Rhums, mais très pertinent dans White Material qui fonctionne complètement sur ce principe-là, du moins c’est ce que j’ai ressenti. Mais mon camarade Fabrice Fuentes analyse très bien, bien mieux que moi, ce rapport images/sons-musiques dans le cinéma de Claire Denis dans l’ouvrage que nous avons écrit ensemble [Le Cinéma de Claire Denis ou l’énigme des sens, (Rémi Fontanel, dir.), Lyon, Aléas cinéma, 2008, NDLR].
L'Emile : Du côté du casting, comment cela se passe-t-il ? Quand on voit Christophe Lambert aux côtés d'Isabelle Huppert ou Nicolas Duvauchelle, c'est assez surprenant tout de même...
Rémi Fontanel : Oui et non. Claire Denis a une famille avec qui elle travaille depuis longtemps, que ce soit au niveau de ses techniciens ou de ses collaborateurs les plus proches – elle travaille avec les mêmes. Jusqu'ici, elle évoluait avec Jean-Pol Fargeau et c'est la première fois qu'elle collabore avec Marie N'Diaye. Avec les acteurs, on retrouve souvent les mêmes têtes, Grégoire Colin, Vincent Gallo, Nicolas Duvauchelle... Pour Christophe Lambert, elle le croise dans un couloir chez un producteur et lui dit : « J'aimerais vous confier quelque chose dans l’un de mes prochains films ». Lui adorait les films de Claire Denis, il l'a pris comme un cadeau et ils se sont retrouvés à travailler ensemble. Il y a à la fois ce désir de travailler avec tous les membres de sa famille, mais aussi d'injecter du sang neuf. Voyez Michel Subor, il est déjà présent dans L'Intrus et dans Beau travail.
L'Emile : idem pour Isaac de Bankolé...
Rémi Fontanel : Elle y tenait beaucoup, c'est quelqu'un qui lui a donné la force de faire du cinéma. Chocolat a été possible certes grâce à Wim Wenders qui l'a poussée mais aussi grâce à Isaac de Bankolé qui l'a vraiment portée. De façon générale, Claire Denis choisit des acteurs qui ont tous cette capacité à intérioriser des sentiments de manière très forte. Isabelle Huppert, c'est le feu et la glace. Elle peut très vite exprimer les choses et a aussi cette capacité à rentrer des émotions pour les restituer de manière presque magnétique, électrique… ce que peu d'acteurs parviennent à faire. Même si c'est gardé, c'est transmis comme un fluide invisible qui se répand au-delà des images. Christophe Lambert, c'est exactement la même chose, il ne faut pas oublier qu'il a tourné avec Marco Ferreri dans I Love You, qui est un film où l’on retrouve cette espèce d'intériorisation, cette grande profondeur humaine. Nicolas Duvauchelle se situe aussi dans ce registre-là, c'est-à-dire qu'il y a une sorte d'hypothermie, de fièvre intérieure en lui qui ne sont jamais débordantes, qui sont toujours sobres et pourtant offertes au spectateur. Et je crois que Claire Denis s'intéresse à ça plus que n’importe quel cinéaste. On pourrait également évoquer Bankolé et Descas qui ont une force intérieure, une force tranquille qui émanent de leur corps. Dans White Material, Michel Subor fait deux ou trois apparitions, mais on reçoit pleinement cette espèce de masse physique ce regard, cette présence, cette prestance qui je crois participent entre autre à la force d'un tel cinéma.
Propos recueillis par Olivier Calonnec
11/02/2010COMPLICES
relu par Frédéric Mermoud et Nina Meurisse
Découvert par une série de courts métrages, Frédéric Mermoud propose en ce début d’année 2010 son premier long métrage. Il retrouve à cette occasion Nina Meurisse, comédienne talentueuse révélée avec « L’Escalier » et « Rachel », les premiers films (hors réalisations produites dans le cadre de son parcours à l’ECAL – école de cinéma de Lausanne) du cinéaste.
« Complices » n’est pas une suite ni une version longue d’un des courts. Mais il pourrait être une nouvelle mise en images de la vie de Rachel (la comédienne a le même prénom dans les deux courts). Toutefois, Frédéric Mermoud s’en défend. Rebecca n’est pas Rachel plus âgée. Elle est une autre jeune fille qui partage certes quelques similitudes. Ici, Rebecca est plus passionnée, plus lumineuse, plus libre. Volontairement, le réalisateur a créé de fortes différences entre le couple de jeunes et le duo de flics. Les premiers sont spontanés, enflammés afin que le spectateur ait envie d’être avec eux, de se laisser emporter par leur énergie. Frédéric Mermoud a pour cela choisi Nina Meurisse, actrice solaire, qu’il connaît bien, et qui lui fait confiance car une complicité existe. La comédienne a d’abord apprécié le scénario, été flattée que le réalisateur pense à elle, et très heureuse de pouvoir mener une nouvelle collaboration (l’un et l’autre sont d’ailleurs tout disposés à poursuivre les aventures communes).
La voici qui se frotte à un univers plus délicat, mais les scènes les plus difficiles ont été très anticipées, discutées, travaillées et, quand la caméra tournait, ce n’était alors plus qu’une interprétation quasi mécanique, pendant laquelle l’intellectualisation s’effaçait. Nina Meurisse habite cette consommation excessive, immédiate de sexe, d’alcool, d’amour, de vie… Et Frédéric Mermoud filme sans juger comme les deux flics s’efforceront également de ne pas juger. Personnage sec, auquel la vie n’a pas épargné les épreuves, Hervé enquête sur le meurtre et, peu à peu, son personnage s’effrite, s’apaise. Il apprend la vie de la jeunesse, celle qui pourrait avoir l’âge de ses enfants (mais il n’est pas père) et son regard change, s’émeut de tant de passion.
Adultes et jeunes cohabitent dans le film, mais peu se croisent. Les univers sont volontairement distincts : les tons sont chauds, jaunes, ocres et la caméra rapprochée lorsqu’il faut s’emballer avec les fougueux amoureux ; la caméra s’éloigne un peu des policiers et les teintes sont froides, grises et bleues. L’image et le montage avaient de l’importance (Frédéric Mermoud est resté fidèle aux chef op’ et monteuse de ses courts) pour retranscrire ces mondes qui s’opposent, qui se frôlent telles des couches interdépendantes. Le film se construit par des oppositions, des frottements… qui s’estompent au fil de l’enquête. Et le polar laisse place à une chronique sociale, partiellement inspirée d’un fait divers.
Dans un contexte de polar, empruntant certains codes du genre, Frédéric Mermoud souhaitait réaliser une œuvre assez pudique, élégante, une peinture de personnages, d’univers, et surtout une très forte histoire d’amour. Dès son premier long métrage, il parvient à construire une œuvre dense, riche, portée par des comédiens de grand talent (qu’on a hâte de revoir très vite) ; un film complet quasiment sans faille. Et le cinéaste est un garçon charmant et simple. Que demander de plus ?
Christophe Liabeuf
in L'EMILE (février 2010)
ET VOUS, CHER SPECTATEUR, QU'AVEZ-VOUS PENSE DE CE FILM ? N'HESITEZ PAS A DEPOSER VOS COMMENTAIRES CI-DESSOUS. MERCI !
11/02/2010LA DOMINATION MASCULINE
par Annie Damidot
« Or l’Eternel Dieu avait dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui. »
(Genèse – chap.II- verset 18- La Sainte Bible-ed.1825 – Sté Biblique Protestante de Paris.)
Le terme d’aide est intéressant dans la mesure où il suggère une dépendance réciproque. Avoir besoin d’aide c’est déclarer son incapacité à s’assumer seul. Par ailleurs être mis au monde pour servir d’aide établit une relation de dépendance et de soumission par rapport à celui que l’on aide. L’aide de camp, par exemple, est là pour cirer les bottes du colonel !
Donc le rapport maître/serviteur entre l’homme et la femme nous viendrait de la nuit des temps, de l’instant même de leurs apparitions au monde.
Mais simultanément a surgi le problème de la création qui échappe à son créateur, prend son indépendance et se dirige dans une direction que le dit créateur n’envisageait pas de lui destiner. Voir l’histoire du serpent, de la pomme et de tout ce qui en est advenu…
Et c’est là qu’interviennent Patric Jean et son film La domination masculine.
Il dresse un état des lieux dans la relation masculin/féminin à l’aube du XXIème siècle suite à une longue évolution, une lente maturation des esprits de part et d’autre tout au long des millions d’années qui nous séparent du point de départ.
Son film documentaire n’est pas un pamphlet mais un constat établi par les intéressés eux-mêmes à travers prises de parole ou actes qui sont présentés au spectateur sans autre intervention du réalisateur que d’avoir porté sa caméra dans les lieux où ceux qui affrontent ou s’affrontent au problème s’expriment par la parole ou par le geste.
On objectera – à juste raison – que le choix des lieux revient à Patric Jean et que le titre du film est en soi une orientation donnée au documentaire, d’entrée une forme d’inflexion de l’opinion des spectateurs. Force est de reconnaître que ce constat de départ répond au point de vue établi selon lequel il existe une supériorité masculine qui fonctionne comme un dogme : vérité indiscutable que l’on admet, point barre.
Patric Jean énumère au cours de son film ce qui, aujourd’hui, ébranle l’aspect indiscutable de ce dogme. Arguments concrets à l’appui et selon une progression qui nous conduit du sourire à la gravité, du raisonnement à l’intervention directe et violente,jusqu’à la violence la plus insensée.
C’est essentiellement dans cette progression et dans le fait qu’il dresse une sorte de catalogue raisonné de tout ce qui dans nos sociétés est fait pour maintenir les femmes dans des rôles de second couteau que réside l’intérêt du documentaire. Les moyens employés pour ce faire sont généralement connus, indépendamment les uns des autres mais le fait de les voir ainsi déployés dans une progression d’une intensité de plus en plus forte contraint à prendre conscience de leur poids social et humain. Du conditionnement de l’enfance par les jouets et les livres on aboutit au massacre à l’arme à feu de femmes pour la seule raison que ce sont des femmes.
Tout cela s’exprime dans des registres divers qui vont du sourire, voire du rire, au choc brutalement subi. Choc au niveau des situations évoquées comme au niveau des interventions verbales. Entendre de la bouche de Leo Ferré, même si on le savait plus porté vers la chair que vers l’esprit s’agissant de la gent féminine, « je hais les femmes cultivées », est assez sidérant.
La domination masculine peut être considéré comme une illustration et une vulgarisation d’une réflexion menée de façon plus théorique à différents niveaux. En témoignent, par exemple, les ouvrages récents de la philosophe Catherine Malabou qui pose la question du »comment est-il possible de se constituer une subjectivité vivable, de se fabriquer un « soi » et de parler en son nom propre quand on a été blessé ou nié au cœur même de son identité ?...Les grands traumatisés, les malades atteints d’Alzheimer, les victimes de l’exclusion sociale mais aussi les femmes partagent cette condition. Ils ont vécu ou continuent à subir une violence qui sape jusqu’aux fondements de leur être. » (article de S.Legrand- le Monde des livres- 18/12/09 ).
Restons cependant optimistes, Patric Jean nous montre aussi des hommes qui prennent conscience de leurs excès et de leurs errements et se promettent d’y remédier.
Annie Damidot
in L'EMILE (février 2010)
ET VOUS, CHER SPECTATEUR, QU'AVEZ-VOUS PENSE DE CE FILM ? N'HESITEZ PAS A DEPOSER VOS COMMENTAIRES CI-DESSOUS. MERCI !
15/12/2009SYNTHESE DES RESULTATS DE L'ENQUÊTE AUPRES DE NOS SPECTATEURS
(Enquête menée du 1er mai au 27 juillet 2009)
Afin de mieux connaître le public du cinéma Le Zola, et nous donner aussi les moyens de vous satisfaire et de voir si nos projets collaient à l’image que vous vous faîtes du cinéma et du Zola au sein de votre ville, nous avons donc lancé, du 1er mai au lundi 27 juillet 2009 (et la fermeture estivale du cinéma), une vaste campagne de sondage. Cette période a été justement choisie pour son éloignement des périodes de festivals, excluant de facto les publics exceptionnels et n’adressant donc le questionnaire qu’aux spectateurs habituels de la salle.
Ainsi, 331 questionnaires exploitables (car entièrement remplis ou lisibles) ont été étudiés, et nous vous invitons donc à en lire les résultats ci-dessous.
1) Vous allez au cinéma…
- Majoritairement 1 à 2 fois par mois (35,71%). Entre 1 et 4 fois tout de même pour 65% des sondés.
- Depuis deux ans, la fréquentation est stable selon 62,50% des sondés
- En dehors du Zola, nos spectateurs fréquentent aussi l’Astoria (40,36%), le Comoedia (37,95%), les CNP (34,34%) et à un degré moindre l’UGC Part-Dieu (18,07%) et l’UGC Ciné Cité (18,67%). Le Pathé Carré de Soie n’est fréquenté que par 6,63% des spectateurs, mais il est difficile de réellement appréhender son impact réel entre mai et juillet.
- Ces salles sont choisies en fonction de la programmation (72%) et à un degré moindre mais tout de même significatif de la localisation (51%).
2) Et au Zola ?
- Nos spectateurs viennent majoritairement au Zola moins de 1 à 2 fois par mois (42,17%), mais beaucoup viennent aussi 1 à 2 fois par mois (39,16%).
- Ils viennent généralement le samedi et le dimanche (45,24% et 47,62%) à un horaire plutôt étonnant puisqu’ils viennent à 18h45 / 19h (55,69%).
- Depuis deux ans, votre fréquentation est majoritairement stable (57,14%)
- Sur les 27,38% qui estiment qu’elle a augmenté, ils l’expliquent d’abord par la qualité de la programmation (8%) et par leur proximité géographique avec la salle (5,34%).
- Sur les 13,69% qui estiment qu’elle a baissé, 4% l’expliquent par une programmation qui ne leur correspond pas. Ce qui positif pour les uns est négatif pour les autres, mais dans des proportions très différentes.
- Pour venir au Zola, vous privilégiez assez massivement la Ciné-Carte (73,49%). Viennent ensuite l’entrée plein tarif à 6,50 euros et le ticket G.R.A.C., mais loin derrière…
3) L’identité du Zola
- Vous venez à 66% pour voir des films d’art & essai, à 54,17% des films grand public, à 52,21% des films étrangers, à 52,38% des films français, et à 51,79% des films en VOSTF.
- En dehors des séances normales, les spectateurs viennent pour les Reflets (32,30%) et pour le Ciné O’Clock (29,19%).
- Selon vous, les caractéristiques du Zola sont la facilité d’accès (66,67%), la programmation art & essai (66,67%), la politique tarifaire (58,33%) et la convivialité (56,55%).
4) Suggestions et remarques :
67,86% des sondés n’ont pas répondu à cette question, il faudra donc relativiser les proportions des personnes s’étant exprimées…
- Points négatifs : 2,98% des personnes ayant déposé des remarques souhaiteraient que nous programmions les films plus longtemps et que nous programmions des films plus récents (impossible pour une salle mono-écran sans affecter la variété de la programmation), idem pour ceux qui souhaiteraient que l’on mette plus de séances en journée (impossible au regard de notre activité scolaire), et 2,38% nous demandent d’améliorer la programmation.
- Points positifs : « Poursuivez ! » à 4,76%
4) La communication
Vous prenez majoritairement connaissance de nos activités par le programme papier (78,44%), puis par le site internet (23,35%), puis par la newsletter (19,76%).
5) Qui êtes-vous ?
- Si l’on s’en réfère aux personnes qui ont rempli le questionnaire, le spectateur moyen du Zola serait une femme à 75,60%, entre 40 et 60 ans, majoritairement encore en activité (60,71%) et dans une proportion moindre, retraitée (33,33%).
- Très majoritairement, nos spectateurs sont villeurbannais (82,35%) et, même si 41,66% n’ont pas précisé de quel quartier ils venaient exactement, nous pouvons constater que les quartiers les plus représentés sont évidemment Gratte-Ciel (10,12%) devant République (7,14%) et Charpennes (4,17%). Les autres quartiers étant très sous-représentés. Ces résultats attestent le fait que le Zola est un cinéma de proximité avant tout.
Conclusion :
Ces résultats dégagent donc déjà de grandes tendances. Nous nous attendions à la plupart d’entre elles, mais elles ont le mérite de pointer des problèmes et d’en recouper certains entre eux pour nous donner des pistes à suivre à l’avenir.
Un grand merci à toutes nos spectatrices et tous nos spectateurs qui ont pris le temps de répondre à ces quelques questions, et à nous fournir ainsi un excellent outil de travail pour encore mieux vous satisfaire.
Un grand merci aussi à Pascale Amey qui a traité les questionnaires, les réponses et les résultats finaux.
Vous retrouverez cette synthèse sur papier dans L'Emile du mois de décembre, et vous pouvez obtenir les résultats complets sur demande à festivals.villeurbanne@wanadoo.fr.
(Photo : Antoine Magnien)